Clémentine Beauvais

Un boa peut-il avaler un éléphant ?


De 9 à 13 ans
Romans

L'entretien par Claire Lebreuvaud

Librairie Le Pavé dans la marge (Mérignac)

Et si, dans vos romans préférés, se cachaient des mystères jamais élucidés ? Enquêtez aux côtés de Pierre Bayard et de ses associés Édith, Minuit-Pile et Bas-de-Casse dans ce premier volet de la nouvelle série irrésistiblement drôle, bougrement brillante et totalement captivante de Clémentine Beauvais.

Vous nous prévenez : « Les livres, c’est un fait, prennent trop souvent de grandes libertés avec la vérité. On le sent, dans un livre, quand il y a un Truc-Qui-Cloche ». Pourquoi enquêter sur ces anomalies ?

Clémentine Beauvais – D’une certaine manière, c’est ce que font les lecteurs un peu finauds et les lectrices un peu curieuses dès qu’un détail étrange s’insinue dans une page. Si la pantoufle de vair de Cendrillon lui va si parfaitement, comment se fait-il qu’elle la perde dans l’escalier ? De nombreux albums pour les tout-petits se régalent de ce genre d’anomalies. Je voulais réactiver cet esprit ludique et enquêteur qui s’assèche au fil des romans junior et ados.

 

Pourquoi faire de Pierre Bayard, l’auteur de Comment parler des livres que l’on n’a pas lus, un héros de papier ?

C. B. – Pierre Bayard et son œuvre sont au cœur de cette saga. J’en suis une inconditionnelle ! Son approche joyeuse et ludique des textes littéraires me ravit. En réfléchissant à cette série (avec son autorisation, évidemment), j’ai tout de suite pensé à créer un personnage de détective dont le nom serait Bayard. Pierre m’a dit : « Allons jusqu’au bout, appelle-le Pierre Bayard ! ».

 

Bas-de-casse ne comprend pas pourquoi les adultes adorent Le Petit Prince alors qu’il dit que seuls les enfants connaissent la vérité. Pourquoi avoir choisi ce conte ?

C. B. – Je voulais enquêter sur de grands classiques de la littérature jeunesse, ceux que tout le monde croit connaître. Le Petit Prince déclenche d’étranges passions : il est adoré et haï. Beaucoup lui reprochent d’être un livre pour adultes déguisé en livre pour enfants, d’être mièvre et didactique. Enfant, j’avais la même opinion que Bas-de-Casse ! Pourtant, il y a une vraie force dans Le Petit Prince et aussi plein de bizarreries. La conclusion à laquelle arrive Bayard est celle que je cultive dans mon for intérieur depuis des années et me semble très intéressante !

 

Pierre Bayard explique qu'il faut apprendre à repérer les pièges tendus aux lecteurs. Pouvez-vous nous expliquer, sans le « désurprisifier », le principe de l’omission (qui m'a valu un énorme fou-rire) ?

C. B. – Quand vous ouvrez un roman, vous partez du principe que le narrateur est à priori de votre côté, qu’il va vous préciser des détails importants : par exemple, si le personnage principal est un grain de poussière, on s’attend à ce que cette information soit donnée rapidement. Sauf que parfois ce n’est pas le cas ! On peut écrire avec beaucoup de dextérité en « omettant » ces petits détails. L’écriture, c’est une série de choix très stratégiques pour donner à voir exactement ce que l’on veut donner à voir. Et c’est exactement ce qui peut nous faire basculer dans l’erreur. Alors, prudence !

 

Parlez-nous de la « Chevalerie de La Lecture Experte de France » que Minuit-Pile appelle « les ancêtres qui disent des trucs compliqués sur les livres ».

C. B. – La « Chevalerie », vénérable institution garante de la grandeur des « Bonnes Lectures », est composée de quarante chevaliers et chevalières (les femmes y sont admises depuis moins longtemps, évidemment). Élise Mieux en est la glaciale présidente. L’auteur dont elle est spécialiste est… ah, pardon, j’ai un trou de mémoire ! Quant à Voldenuit, il est spécialiste d’Antoine de Saint-Exupéry. Il n’aime pas Le Petit Prince : son but est de faire reconnaître Saint-Exupéry comme un auteur pour adultes ! Seulement Bayard va débouler dans sa vie.

 

Bas-de-casse s’offusque d’avoir eu neuf lectures obligatoires (quasiment de la maltraitance selon elle). Or, votre série est une ode au plaisir de la lecture, que l’on soit expert ou pas.

C. B. – C’est même l’inverse : nul besoin d'être un expert pour formuler de vraies questions intéressantes sur la littérature et les remarques soi-disant « naïves » sur des textes littéraires ont souvent une énorme valeur. Cependant, la série cherche aussi à montrer qu’une lecture très attentive des textes révèle énormément de secrets – et de plaisirs. L’expertise peut se gagner sur le terrain.

 

Et la suite ?

C. B. – Je vais me pencher sur mon petit chéri, Peter Pan de James Matthew Barrie ! Pour les suivants, on ne va pas encore « désurprisifier », mais ce seront d’autres grands classiques de la littérature jeunesse européenne.

 

 

Il n'y a pas si longtemps, Bayard était « Chevalier de Lecture Experte de France ». Sommé d'arrêter ses activités, il mène désormais avec Édith, sa fidèle associée, une vie morne rythmée de lecture et de briochins au chocolat jusqu’au jour où il tombe sur la petite annonce : « Recherche un lecteur spécialiste pour élucider un mystère dans un grand classique ». Épaulé de Minuit-Pile, garçon au grand cœur qui adopte les livres abandonnés, et sa meilleure amie Bas-de-Casse, skateuse cascadeuse, notre « déteXtive » reprend du service. Une enquête policière menée tambour battant, ponctuée de dialogues hilarants et de références littéraires pleine de malice. Un régal de lecture jouissive et facétieuse. Bluffant !

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